Job Shadowing à Blarney

Compte-rendu d’observation de l’enseignement à la
Schoil Mhuire Gan Smàl, école secondaire de Blarney
Enseignement secondaire en Irlande.

 

Motivés par un intérêt commun à la fois professionnel et personnel pour l'anglais, nous avons participé ensemble à un projet de mobilité européenne dans une école secondaire Irlandaise proche de Cork, à Blarney (~ 5300 habitants) : la « Schoil Mhuire Gan Smàl ». Notre lycée est jumelé avec cet établissement accueillant un public de 12 à 18 ans et nos élèves de section littéraire participent chaque année à un échange avec eux.

Site de l'école : http://www.smgsblarney.ie/index

 

Nous avons été accueillis par nos collègues irlandais du 27 février au 3 mars 2017.

Au cours de ce séjour, nous avons assisté, en tant qu'observateurs, à différents cours et Travaux Pratiques, avons pu échanger avec nos collègues sur leurs pratiques, et visiter un peu la jolie (et humide!) région de Cork.

Dès notre arrivée le lundi matin, nous avons été chaleureusement accueillis par M. Sheehan Padraig, Principal de l'école secondaire de Blarney, qui nous en a fait faire la visite, avant de nous présenter aux collègues. Ce premier contact avec la langue Irlandaise a été un peu déroutant : l'accent irlandais est très marqué! Nous nous sommes adaptés par la suite…

 

Nous vous proposons à travers ce rapport de vous faire partager nos nouvelles connaissances sur le système éducatif irlandais et notre expérience.

 

Le système éducatif irlandais

 

L'école est obligatoire en Irlande de 6 à 15 ans.

Elle démarre par la Primary school (6 années)

Puis la Secondary school se divise en deux cycles :

 

Junior Cycle (12/15 ans) , durée de 3 ans (1st, 2nd and 3rd years), validé par le « Junior Certificate » (équivalents au collège et au Brevet DNB chez nous).

Chaque élève a 3 enseignements obligatoires Maths, Anglais et Gaëlic (Irlandais), et doit ensuite choisir 7 à 8 matières supplémentaires.

 

1 année de transition « transition year », facultative (4th year).

Son objectif est d'aider au développement personnel et à la maturité de l'élève. C'est une année pour l'épanouissement et la réflexion. Des enseignements très divers peuvent être choisis au cours de cette année (tels que cuisine ou travail du bois, autant que sciences, histoire etc., permettant aussi de « goûter » à certains enseignements nouveaux avant de les choisir éventuellement en 5ème année).

 

Senior cycle (16/ 18 ans), durée de 2 ans (5th and 6th years), validé par le « Leaving certificate » (équivalents au lycée et au Baccalauréat chez nous) .

A nouveau les élèves ont 3 enseignements obligatoires Maths, Anglais et Gaelic (Irlandais), puis doivent choisir 4 à 5 enseignements supplémentaires, liés déjà à leur projet d'études.

 

Selon les matières, il peut ou non y avoir du contrôle continu, mais moins fréquent que chez nous.

Les résultats de fin d'année sont déterminés par deux séries d'examens dans chaque matière, l'une à Noël et l'autre en fin d'année (juin).

 

Chaque examen (Junior certificate et Leaving certificate) peut-être préparé et présenté sous deux niveaux : Ordinary Level (O) et High Level (H). Les élèves sont guidés par leurs enseignants dans le choix du niveau, qui est important pour la poursuite d'études universitaires. Leurs résultats à l'examen sont validés sous formes de points, moindres pour le niveau O par rapport au niveau H. Chaque université demande un nombre de points défini pour les matières qui les concernent.

Si un élève échoue au Leaving certificate, pas de redoublement possible dans un établissement public.

 

Les cours s'étalent du lundi au vendredi. Ils démarrent le matin à 8h40, et finissent le soir à 15h30, sauf le mercredi après-midi où ils terminent à 13h15. Les élèves n'ont pas d'heures vacantes (« trous » dans l'emploi du temps).

Un cours ne dure que 40 minutes. Pour les disciplines expérimentales, deux cours peuvent être placés consécutivement. Il y a une récréation de 15 min de 10h à 10h15 puis la pause repas de 12h55 à 13h35.

La notion de classe n'existe pas comme chez nous : des élèves peuvent se retrouver à 9 dans une discipline, à 20 dans une autre, en fonction des enseignements qu'ils ont choisi.

 

Missions des profs Elles sont de trois types :

22h d'enseignement hebdomadaire devant les élèves

50 min par semaine de surveillance de couloirs (récréations)

surveillance de cours de profs absents (si par exemple les élèves ont un cours annulé parce qu'un prof est absent, un collègue est désigné par le Principal pour assurer une surveillance de ces élèves), plafonnée à quelques heures par an.

Lorsque nous étions à Blarney, les collègues étaient en grève de surveillance de couloirs pour protester contre cette mission (mouvement à l'échelle nationale).

 

L'école mixte de Blarney

Il s 'agit d'une école publique, pourtant, la religion catholique y est omniprésente (crucifix dans les salles, bénitiers, prières affichées à l'accueil, cours de religion non obligatoires etc...).

Les couloirs de l'école affichent de très nombreux trophées, photos, des élèves et de leurs encadrants, ayant participé à des rencontres sportives ou différents challenges scolaires (dont scientifiques), donnant la forte impression, dès l'entrée dans les locaux, que la réussite des élèves est valorisée.

L'école de Blarney accueille 700 élèves, tous vêtus de l'uniforme bleu de celle-ci, dans des locaux devenus trop petits. Deux préfabriqués sur deux niveaux sont installés dans la cour depuis quelques années. Une reconstruction totale sur le site est programmée pour la rentrée 2018. L'état actuel des locaux fait apparaître le manque de place (nous avons eu en effet une impression de « bazar », avec des livres entreposés un peu partout en salle des profs, dans les couloirs, faute de place), et une certaine vétusté (casiers vieillis, câblage apparent, salles de Travaux Pratiques sous équipées etc...), mais il est propre (pas de tags, papiers ou cannettes qui traînent) et respecté par les élèves. Pourtant, les salles de classe, à l'exclusion de celles qui stockent du matériel, leur restent ouvertes et accessibles à tout moment, même en l'absence d'un adulte.

Une autre chose nous a étonnés: nous n'avons vu aucun élève, un téléphone portable à la main, durant tout notre séjour. Son usage est interdit dans les locaux (sauf en cas d'activité particulière, et à la demande d'un enseignant) et un élève qui enfreint le règlement peut se le voir confisquer pendant une semaine.

Des caméras de vidéosurveillance sont installées dans les couloirs.

Le Principal et son adjoint sont très présents dans les couloirs et la salle des profs.

Enfin, nous avons été frappés par la taille des sacs à dos portés par les élèves: énormes! En Irlande, les familles ont à leur charge l'achat des manuels, souvent épais, parfois plusieurs pour une même discipline. Les élèves doivent chacun les amener à chaque cours.

Un aperçu de la salle des profs (staffroom). Aucun élève n'y rentre.

 

Il n' y a pas de cantine dans l'école. Les élèves ont un accès libre aux salles de classe ou au gymnase, dans lequel il peuvent installer des tables amovibles pour se restaurer. Chacun est libre soit d'amener son repas, soit d'acheter une légère collation froide (mini sandwich, barre sucrée, briquettes de boissons) au « shop » du lycée (minuscule!), tenu par des professeurs, soit d'aller acheter quelque chose à l'extérieur, à la station service voisine par exemple.

Le sport est un enseignement qu'ils peuvent choisir, mais non obligatoire.

Par contre, les élèves participent régulièrement à des rencontres sportives avec d'autres écoles sur le temps scolaire.

 

L'enseignement des sciences expérimentales à l'école de Blarney

 

Nous avons assisté à différents cours, aussi bien du niveau « junior cycle » que « senior cycle », de biologie, physique ou chimie, enseignées séparément en Irlande.

Nous avons été frappés par le petit nombre d'élèves par classe : de 9 à 23 au maximum pour les cours auxquels nous avons assisté.

En début de cours, la plupart des enseignants que nous avons observés accueille les élèves par un « hello Guys ! », puis ils font l'appel à partir d'une tablette (fournie par l'école) en connexion Wi-Fi. Chaque salle est équipée d'un vidéoprojecteur et d'un PC fixe (+ enceintes) disposé sous la paillasse.

Les enseignants de sciences n'ont pas de personnel de laboratoire pour les aider dans la préparation des manipulations, pas plus au niveau collège (comme c'est le cas en France) que pour le niveau lycée (contrairement à nous). Ils doivent donc tout préparer par eux-mêmes, ce qui n'est pas une chose facile puisqu'ils ne disposent pas vraiment de laboratoires, mais plutôt de « cagibis », exigus et non équipés, loin de ce que nous connaissons à jean Durand. Ils doivent préparer leurs TP dans les salles de classe, parfois en même temps qu'un autre collègue y enseigne. Le système D s'impose.

Nous avons observé des enseignants motivés, dynamiques, se donnant du mal pour pouvoir faire manipuler des élèves dans des conditions matérielles difficiles. En effet, souvent en physique, faute de matériel (limité et abîmé), ceux-ci ne font pas tous la même expérience : le prof met en place des « TP tournants » sur plusieurs semaines. L'équipement obsolète des salles ne peut permettre à l'enseignant d'être trop exigent sur la sécurité (prises électriques vétustes, près des éviers, pas de douche de sécurité…). Le gaz (becs bunsen) est encore autorisé là-bas.

 

Nous avons perçu la durée d'une séance très courte pour pouvoir manipuler sereinement, obligeant l'enseignant, après avoir donné les consignes, à circuler rapidement et les élèves à être autonomes pendant et en fin de séance (ils rangent le matériel dans des caisses plastiques à la fin, et jettent leurs produits chimiques à l'évier, laissant les tables plus ou moins propres derrière eux). Ils notent systématiquement sur un cahier de TP leur compte-rendu d'expérience. Ils ne portent pas de blouse, seulement des lunettes de protection quand ils manipulent des produits chimiques.

L'accent semble être mis sur la démarche scientifique, et leur compte-rendu suit toujours le même plan :

1- Title of the experiment

2- Date

3- Apparatus (matériel)

4- Chemicals (produits chimiques)

5- Procedure/method

6- Observations and results

7- Conclusions

Ils suivent cependant un protocole décrit sur leur manuel scolaire, qui ne semble pas les inviter à proposer des hypothèses.

Nous avons aussi assisté à des cours théoriques, sur la physique nucléaire ou sur les bactéries par exemple, au cours desquels l'enseignant exposait les notions à partir d'un vidéoprojecteur, questionnait les élèves sur leurs connaissances, puis ces derniers faisaient des exercices de leur livre ou photocopiés, notés sur leur cahier. Là encore, 40 minutes de cours, c'est très court !

« Driiinng ! » Quelle n'a pas été notre surprise lorsqu'en plein cours, la sonnerie puissante d'un haut-parleur a retenti dans la salle pour donner aux élèves une information générale de vie scolaire. Temps suspendu : profs et élèves en arrêt jusqu'à la fin du message.

Nous avons par la suite pu constater que ce genre d'interruption en plein cours était banal.

 

Nous n'avons jamais vu les enseignants avoir à vraiment faire de la discipline durant un cours, si ce n'est mettre au travail des élèves passifs pendant les séances de TP, et sans aucun doute, le petit nombre d'élèves dans les classes y est pour beaucoup. Les collègues irlandais ont été très surpris d'apprendre que nos cours pouvaient se dérouler à 30 élèves en collège, et 35 ou plus en lycée.

 

Enfin, nous avons participé à deux cours de français de 6ème année. Pendant les deux séances, l'enseignante nous a proposé de prendre chacun un petit groupe de 5 ou 6 élèves pour les questionner et les faire parler en français. Ils se sont montrés plutôt intéressés par ces échanges, et nous avons pu constater qu'ils étaient de niveaux très inégaux. Certains, qui devaient venir en France en famille, étaient inquiets à cause des risques d'attentats, et nous ont interrogés à ce sujet.

 

Le village de Blarney

 

L'incontournable château de Blarney et ses jardins verdoyants (visités, en ce qui nous concerne, sous une météo particulièrement fraîche et humide!) méritent le détour. Nous en avons profité pour approcher la célèbre « pierre d'éloquence » qui, selon la légende, vous garantit en l'embrassant, comme son nom l'indique, le don d'éloquence !

 

Nous avons découvert le sport national irlandais, le Hurling, lors d'une compétition de jeunes en nocturne, organisée pour l'inauguration du nouveau terrain de la ville. Cela se joue avec une batte « le hurley », et une balle de style balle de baseball, sur terrain gazonné, le but étant d'envoyer la balle dans le but adverse.